2007.01.27
Boucles d'Or
Il était une fois, voilà pas si longtemps, dans un pays pas si lointain,
l’histoire d’un voyage intérieur, d’un long chemin.
Un poupon
au nez rose et en bouton.
Laissé tout seul dans la forêt,
comme on oublie un paquet
sur le quai d’une gare,
en prenant le train qui part.
Laissé sur le bord d’une rivière,
par une mère et un père,
pour qui ce petit cœur battant,
pour qui ce nouvel enfant,
n’étaient pas tout à fait prêts.
Dans la forêt, on le sait,
rôdent toutes sortes d’animaux,
certains laids, certains beaux,
certains, doux et bien enclins,
d’autres féroces ou hautains.
Le destin voulu qu’un loup entendit,
l’enfant qui poussait des cris.
Les incessants pleurs,
ne lui firent pas peur.
Bien au contraire,
s’approcha pour les faire taire
avec un coup de langue chaude et douce
lécha la petite crinière or et rousse.
Le temps passa et la crinière blondit.
Les années virent l’enfant qui grandit,
l’or des boucles prenant le pas sur le roux.
Avec de grands méchants loups,
il lui semblait normal de s’acoquiner,
après tout, ils l’avaient adoptée!
Pourtant, en essayant en vain,
de faire comme les siens,
se blessait en tentant de courir sur ses genoux.
L’enfant ne savait pas qu’il n’était pas loup.
À l’orée du jour et d’une clairière,
l’enfant vit son reflet dans l’eau d’une rivière.
Pas de pattes griffues, pas de museau,
voilà l’enfant qui tombe de haut.
Une tignasse de boucles dorées,
comme les champs de blé,
révélée par la lumière,
révélée par la même rivière,
qui l’avait vue dans la forêt entrer
par des loups accompagnée.
Se reconnaissant fille d’Ève,
la réflexion fut brève.
Éclairée par cette nouvelle lumière,
elle décida de ne pas revenir en arrière.
Petite Marie n’était pas de la famille des loups.
Elle regarda devant et se mit à marcher debout.
Quittant la forêt sombre qui l’avait accueillie,
à la découverte du monde des hommes, elle partit.
Comme la Boucles d’Or du conte pour enfants,
elle doit essayer parfois trop petit, parfois trop grand,
pour trouver, chemin faisant, ce qui lui convient,
ce qui, éventuellement, elle pourra faire sien.
Le conte parle d’ours : papa, maman et petit.
Les ours sont souvent grognons, pas toujours gentils,
parfois même, peu portés à la compagnie des femmes.
Dans cette nouvelle aventure qu’elle entame,
Boucles d’Or se sentait bien seule.
Sa bouche n’a jamais été gueule.
Son passé trouble, elle tente de l’oublier,
ne connaissant que la vie en meute regroupée,
elle cherche un complice avec qui être câline.
Souvent, amicalement, un ours la taquine.
Pas aussi bourru qu’elle l’avait d’abord cru,
elle découvre un compagnon de voyage, émue.
Sensible, il ne se laisse apprivoiser qu’avec méfiance.
Elle doit être patiente pour gagner sa confiance.
Un jour qu’elle se risquait sur un terrain miné,
elle fit une bourde sans même le réaliser.
Lorsqu’elle toucha à son bol, il montra les dents.
Blessé, il prit ses distances pour un temps.
Le malaise les partagea et ils entendirent le silence.
La maladresse est bien peu de chose dans la balance.
Leurs cœurs, comme des fleurs,
au contact des intentions les meilleures,
ne pouvaient faire autrement que de s’ouvrir.
L’amitié est là pour rester avec plaisir.
Il n’y a, finalement, rien de louche
que d’un commun accord, gueule et bouche
grande et petite, ensemble se sourient.
N’y a-t-il rien de mieux qu’un véritable ami?
Fille d’Ève sur la route des hommes,
parfois les croquant comme autant de pommes,
Boucles d’Or poursuit sa quête, son chemin,
lune et soleil alternant au fil des lendemains
en sachant très bien que partout et en tout temps,
l’amitié sincère de cet ours, somme toute charmant
sans l’ombre d’un possible tort
l’accompagnera jusqu’à l’aurore.
20:45 Publié dans Les relations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : conte, Boucles d'Or, amitié

