2007.02.18

Discours de la St-Valentin


Kathy's Song, paroles et musique : Paul Simon (1966)

 

Aujourd’hui j’ai pas de thème. J’ai pas de « t’aime » non plus. Dans le fond, c’est peut-être ça mon thème : ne pas avoir de « t’aime ».

 

J’ai passé la journée à me saouler de télé après avoir passé la nuit à me goinfrer de jeux vidéo stupide sur mon ordi. Le dernier film regardé était « Romance à Manhattan ». D’aucuns diront que c’est un navet. N’empêche que l’amour c’est toujours au goût du jour. J’ai aussi regardé un bout de « The Fifth Element » de Luc Besson, un de mes films fétiches dont ma réplique favorite est « MULTIPASS » dit avec une conviction toute naïve par une Milla Jovovich extra-terrestrifiée. Le coup de grâce fut la chanson finale du film avec Jennifer Lopez : Kathy’s Song de Paul Simon. Cette chanson me fait toujours pleurer pour peu que je l’écoute attentivement. C’est la chanson-phare des amours à distance. Que la distance soit dans l’espace ou le temps, peu importe.

 

Ces jours-ci sont particulièrement difficiles. Je sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. La solitude recommence à me peser à nouveau. Je pleure un amour perdu mais je ne sais même plus lequel. Le soir de la St-Valentin j’ai soupé avec une copine qui me racontait le tiraillement de son cœur entre deux mecs, chacun sur des continents différents, dans des univers quasi-parallèles tellement les lieux sont différents. Comme de raison, l’amour et les relations étaient les sujets de mise pour cette soirée. Je lui ai raconté ma pire St-Valentin : un week-end passé à Québec avec mon homme du moment. Depuis cette fin-de-semaine, Québec fait partie des villes que je n’aime pas. Calgary est une autre de ces villes qui se retrouvent sur ma liste noire. Celle-ci l’est pour avoir engouffré le dernier homme pour qui mon cœur a saigner. Il y a aussi Zurich pour m’avoir fait entendre un mirage. J’ajouterais Toronto, pour m’avoir fermé la porte au nez après m’avoir invité à y habiter. Je disais donc à ma copine, être content d’être célibataire en ce jour des amoureux. Pour moi, cette fête avait majoritairement été la scène de drames conjugaux plutôt que de jouissances amoureuses. Ce jour-là, il y a trop d’attentes, trop de diversité dans l’expression du sentiment amoureux, trop de sensibilités. Ça peut pas faire autrement que de décevoir.

 

Elle disait ne pas avoir cesser d’aimer son ex qui revient, comme une vague, la hanter à heure fixe. Moi aussi je les aime encore tous. Pas de la même façon, pas avec la même intensité, pas pour retourner avec eux, même si certains me troublent encore grandement lorsque je les croise au hasard des chemins. Après tout, « aimer ne se conjugue pas au passé » comme le disait une chanson d’Isabelle Aubret. Je lui disais qu’à chacun de ces hommes, j’ai donné un bout de mon cœur. Si bien qu’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il ne m’en reste plus. Il ne m’en reste plus. Il ne me reste qu’une grande plaie béante. J’ai au moins la mémoire d’avoir aimé. Aimé souvent, passionnément. C’est déjà pas mal. J’essaye de m’en convaincre. 

2007.02.04

Lumière

Je suis lent.
J’ai besoin de temps.
J’en peux plus d’avoir mal.
Mal au corps, cœur qui se trouve mal.

 

Une fois de plus j’aurai essayé
avec la meilleure des volontés.
Une fois de plus, je me serai la gueule cassée.

 

Une autre aventure,
Un autre échec.

 

Malgré le bon vouloir,
Je me suis fait avoir,
De tous mes « accroires »,

 

J’y ai à peine cru.
Je n’en peux plus.
Je n’en veux plus.
Ça sert à rien. Des coups d’épée dans l’eau.

 

Pour les autres, la vie qui pousse.
Pour moi, la mort que je repousse.
La vie, pour eux, comme une montagne à gravir.
La vie, pour moi, un gouffre sans fond où je sombre à en mourir.

 

Je m’accroche comme je peux, au meilleur de mes habiletés qui me fuient et m’abandonnent. Pourquoi me battre? Cette guerre, bien sûr, personne ne la gagne. Nous finissons tous au trou. Au nombre de batailles perdues, je me sens déjà vaincu.

 

L’amour est l’étincelle qui brille dans la noirceur de la nuit. Celle-là même qui fait croire en la lumière nous donnant le courage d’avancer dans les tunnels. Pour moi, Noël n’avait plus rien à voir avec le petit Jésus. Je fêtais à nouveau, certes, mais bien plutôt la lumière perçant les nuits les plus longues de l’année de ses douces lueurs. Cette année, je n’ai pas fait de sapin célébrant la lumière au plus sombre de la nuit noire. La nuit, je la trouve bien longue et je n’y vois plus vraiment d’espoir. Pourquoi se faire croire qu’il y a de la lumière au milieu des nuits de décembre? Laissons donc la réalité prendre toute la place : monter le sapin, ça donne juste le trouble de le défaire un coup les fêtes passées, alors pourquoi s’en préoccuper?

 

Cette année, je n’ai pas fait de sapin de Noël. Je n’ai pas illuminé mon logis de centaines de petites lumières reflétées par des dizaines de décorations dorées. Cette année, j’ai laissé la réalité du quotidien empêcher la magie de Noël. Cette année, tout ce que je veux, c’est dormir et avoir la paix. Laissez-moi tranquille, fichez-moi la paix. Vous voyez bien que ça marche pas mes affaires! Alors à quoi bon? Les promesses de lumière n’apportent que déception et encore plus de douleur. Je n’en peux plus de gérer ma douleur qui ne me quitte plus malgré les pilules, malgré les soins, malgré le sommeil, lui-même interrompu par la douleur, malgré le temps et les précautions contre les sentiments trop violents. Comment puis-je être encore assez naïf pour croire que la vie peut être autre chose qu’une suite de petites morts?

 

Bien sûr, il y a quelques moments furtifs de bonheurs passagers. Peu nombreux et grandement distancés, à peine a-t-on le temps de les goûter qu’il faut déjà y renoncer. Mais ceux-ci, à trop vouloir les savourer, on ne réussi plus à les laisser aller. On s’y accroche, on voudrait les faire durer. On se nourrit mal de portions de dégustation! Le ventre reste creux malgré l’excitation des papilles. Le tout en devient que trop frustrant. Mais on y revient tout le temps en espérant un jour y trouver son compte. Et ce manège tourne et tourne jusqu’au jour où on s’exclame, à bout d’épuisement : « Assez de tout ce cirque, laissez-moi descendre! ».

 

J’ai la tête qui tourne, je suis épuisé. J’ai encore faim, mais de cette fausse faim du ventre plein qui ne réussit plus à digérer un trop plein. C’est le cœur au bord des lèvres que je m’exclame : « Arrêtez le manège, éteignez les lumières et laissez-moi dormir en paix s’il-vous-plaît! ».

 

/-- Texte rédigé dans la nuit du 30 décembre 2006

 

« La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit. »
Louis-Ferdinand Céline, Extrait du Voyage au bout de la nuit