2006.11.03

Running

 

 

Il est tard. Je devrais dormir. Je ne dors pas. Cette chanson, déjà troublante dans sa version originale (interprétée par Kate Bush), rendue avec tellement plus d’émotions dans cette reprise de Placebo, me hante. Me garde éveillé. Je l’ai entendu au hasard d’une émission de télévision. C’est mon côté compulsif. Il me fallait cette chanson. Me voilà qui achète la version originale et cette nouvelle version grâce à l’internet. Elle fait monter une vague cruelle d’émotions que je ne comprends pas. J’ai beau lire les paroles, rien ou presque. Le rythme répétitif, ce sentiment d’urgence, de douleur, de frayeur, de déchirement, tous ces éléments me touchent.

 

« I’d make a deal with God and I’d make him to swap our places. »

 

Je me suis déjà trouvé dans une situation où j’ai voulu marchander avec Dieu, lui demandé d’échanger ma place pour celle d’un autre. Plus précisément, je voulais donner ma vie pour que celle d’un autre soit épargnée. C’est la dernière fois que j’ai aimé. Cette relation m’a définitivement brisé le cœur. Il m’a abandonné et trahi. M’a-t-il aimé? Il a dit avoir été déchiré lui aussi par notre séparation. Nous ne réagissons pas tous de la même façon. Nous n’avons pas tous la même capacité de passer à autre chose et de laisser le passé derrière. Il a continué sa route. Je n’étais pas sur ce chemin-là. Nos routes se sont croisées, chevauchées, pendant seulement quelques temps, quelques battements de cœurs. Trop fort, les battements de cœurs. Trop d’émotions. Trop de non-dits. Trop de murs intérieurs. Trop de secrets. Trop de renoncements. Trop. Juste trop. Trop court, le temps ensemble. Trop loin, la distance nous séparant. Trop violents, les sentiments. Trop important, mon secret. Trop forte, son ambition.

 

« Unaware I’m tearing you asunder. Ooh, there is thunder in our hearts. Is there so much hate for the ones we love? Tell me, we both matter, don’t we?  ».

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Cette semaine, j’ai recommencé à souffrir de névralgie post-herpétique. Ma troisième crise en autant d’années. Ça fait très mal. Surtout le soir, lorsque je suis fatigué. Le contact de mon visage contre l’oreiller m’envoie des décharges électriques en plein visage. Je n’ai pas d’éruptions cutanées, juste la névralgie. En plein visage. Ça me traverse le côté droit du visage, formant un arc de ma narine au milieu de mon crâne dans les pires cas. La plupart du temps, ce n’est qu’une partie de cet arc qui se manifeste. Habituellement, ce sont les personnes de plus de 60 ans qui souffrent de cette affliction. Mais les personnes atteintes du VIH sont aussi une population à risque. Aucun traitement efficace connu ou si peu. Peut mener à la cécité ou une paralysie de la région atteinte dans les cas extrêmes. Rien de rassurant.

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Mon bel arabe m’a téléphoné dernièrement. Il veut me revoir ou du moins récupérer le vêtement laissé chez moi dans sa hâte de me quitter lors de sa dernière visite. Je suis déchiré entre mon désir de le revoir, ma conscience que ça risque de me chavirer pour rien, le cynisme que j’éprouve face à son incapacité de se positionner clairement face à moi et l’impression d’être utilisé, n’existant que lorsqu’il a le goût de me voir.

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Je m’inquiète de mon cœur meurtri trop souvent. Peut-être que c’est pour ça qu’il est en panne? À force de me le faire casser, j’ai peur qu’il ne fonctionne plus correctement. D’où mes mots de consolation à chaque fois que je m’aperçois qu’il bat encore aux détours d’une rencontre. « Ouf! Ok.. le tic-tac est encore là. ». Est-ce que ça se peut un cœur qui arrête?

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La réalité et le virtuel. Un sujet relationnel des plus intéressants. Je décroche de plus en plus de l’Internet comme moyen de rencontre. Haut-le-cœur. Je n’y crois plus à cette traversée du miroir où le reflet de l’autre, qui n’est finalement que beaucoup de nous-même, traverse le gouffre séparant le virtuel du réel. Cheminement dans la bonne direction. Parcours encore incomplet. Je décroche du virtuel en m’ancrant de plus en plus dans le réel. Mais je m’accroche encore les pieds dans le tapis du réel, y perd mon équilibre. Ma main cherche un appui mais ne rencontre que le vide. Du coup, la réalité me semble tout aussi intangible que l’illusion du virtuel. Quelques pas encore et peut-être y aura-t-il matérialisation?


Running up that hill
Kate Bush

If I only could, I’d be running up that hill.
If I only could, I’d be running up that hill.

It doesn’t hurt me.
Do you want to feel how it feels?
Do you want to know that it doesn’t hurt me?
Do you want to hear about the deal that I’m making?
You, it’s you and me.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
Be running up that building.
If I only could, oh...

You don’t want to hurt me,
But see how deep the bullet lies.
Unaware I’m tearing you asunder.
Ooh, there is thunder in our hearts.

Is there so much hate for the ones we love?
Tell me, we both matter, don’t we?
You, it’s you and me.
It’s you and me won’t be unhappy.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
Be running up that building,
Say, if I only could, oh...

You,
It’s you and me,
It’s you and me won’t be unhappy.

C’mon, baby, c’mon darling,
Let me steal this moment from you now.
C’mon, angel, c’mon, c’mon, darling,
Let’s exchange the experience, oh...

And if I only could,
I’d make a deal with God,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

If I only could
Be running up that hill
With no problems...

If I only could, I’d be running up that hill.
If I only could, I’d be running up that hill.

 

2006.10.29

Immobilité

Le temps passe. La vie continue son chemin. Parfois, j’ai l’impression d’avoir été oublié sur une tablette. Des fois, ça fait mon affaire. Des fois, ça me décourage. Des fois, ça m’enrage.

 

Hier soir, je suis allé à une fête d’Halloween chez un ami. Au fait, c’est un de mes ex-chum. Pendant la soirée, nous avons réalisé que ça faisait 10 ans que nous nous étions rencontré. Octobre 1996. Ça me semble une éternité. Il s’est passé tant de choses depuis. Nous étions un couple quand j’ai appris ma séropositivité. Il est encore séronégatif. Nous avons gardé contact sans devenir les meilleurs potes du monde. C’est le seul de mes ex avec qui j’ai gardé une forme de lien.

 

10 ans plus tard. Il s’est passé beaucoup de choses et pourtant, si peu ont changé. Certains copains qui étaient de son entourage lorsque nous nous fréquentions en sont encore et étaient présents. Nous nous sommes remémorer des moments marquants vécus ensemble. Puis nous avons échangé sur nos expériences depuis notre séparation. Depuis qu’il m’a laissé, deux autres relations ont croisé ma route. Les deux de courtes durées : trois et huit mois. La dernière s’est terminée à l’automne 2001. Ça fait cinq ans ferme. Depuis, c’est le désert. À peine quelques rares rencontres sans suite.

 

Les gens me demandent souvent comment ça se fait qu’un gars aussi gentil, intelligent, charmant et plutôt beau bonhomme comme moi reste sans partenaire si longtemps. Je me fais souvent taquiner en me faisant dire que je suis trop difficile. Je réponds souvent vaguement que pour quelques une de ces années, j’avais d’autres chats à fouetter, que je n’étais pas disponible pour une relation. Ensuite, le prince charmant ne s’est juste pas montré le bout du nez. Il faut bien répondre quelque chose, non?

 

En mon for intérieur, je crie, je hurle : « Le VIH a complètement foutu ma vie en l’air! » Plus rien n’est pareil depuis. Cette maladie fait peur, fait fuir. Les partenaires potentiels ont peur de l’attraper ou peur de s’amouracher à moi et d’avoir à me voir dépérir ensuite. À la limite, peur de m’accompagner dans le dernier voyage. Mais au-delà des autres, au-delà d’eux, il y a moi. J’ai fait une dépression majeure. J’ai perdu mon assurance, celle qui faisait tourner les têtes. J’ai perdu confiance en moi, celle qui rayonnait et attirait. J’ai perdu la santé, celle qui permettait de faire des projets et qui me donnait l’énergie de faire plein de trucs. J’ai perdu mon emploi, celui qui m’élevait socialement. Il y a moi qui n’est plus le même. Mais ça, je ne peux pas le dire à tout le monde.

 

Avec le temps, la dépression s’éloigne pour devenir un mauvais souvenir plutôt qu’une réalité. En lien direct, la confiance et l’assurance reviennent petit à petit. La santé reste un deuil à faire mais je relativise beaucoup et le paysage prend de plus en plus de perspective. J’apprécie mon emploi actuel en trouvant qu’il est beaucoup plus en accord avec ce que je suis. Et la liste continue. C’est un long processus, très long parce que très lent. Il faut être patient, avec soi plus que tout. Mais la patience, c’est pas vraiment mon fort. J’apprends.

 

La compagne de mon frère a donné naissance à une petite fille cette semaine. La vie n’arrête pas. Ils projettent de se marier l’été prochain. Mon frère nage en plein bonheur. Il a rencontré « la bonne » et il réalise ses rêves, un après l’autre. Je suis heureux pour lui mais ça met en relief mon impression de seulement survivre, que rien ne bouge pour moi. J’apprends la patience et je ronge mon frein en espérant qu’il lâche et que les choses se mettent en branle dans une direction plus clémente. Mais j’ai peur de ne pas pouvoir suivre une trop grande accélération. Alors je ronge lentement, changeant les choses lentement, laissant au temps le temps de faire son œuvre, en me disant que le moment venu, les choses changeront si elles doivent changer. Sagesse? Patience? Lâcher-prise? Résignation? Abandon? Je ne sais pas. Peut-être que je me bats trop? Peut-être pas assez? Suis-je courageux ou lâche? L’immobilité est parfois rassurante même si elle est aussi frustrante.

 

Stones taught me to fly
Love taught me to lie
Life taught me to die
So it's not hard to fall
When you float like a cannonball

Stones taught me to fly
Love taught me to cry
So come on courage!
Teach me to be shy

-Damien Rice (Cannonball)

2006.10.18

Lettre à un amour lointain, pourtant si proche

Je suis dans un ralentissement au travail et ça me fait du bien. J'en profite pour t'écrire un petit mot. Rien à raconter vraiment, rien d'autre que le boulot, la famille et les amis proches que je garde jalousement.

Ici l'automne bat son plein avec ses merveilleuses couleurs et son air frais et vivifiant que j'aime tant. Le ciel est souvent gris et le temps pluvieux cependant. Je vais bientôt ranger mon vélo avec regrets.

Ce soir, j'écoutais de la musique en faisant un peu de ménage et Damien Rice m'a chanté "The Blower's Daughter". Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à toi et moi sur une terrasse, rue St-Denis avec un pichet de sangria, lorsqu'il entonnait "I can't get my eyes off of you...". On se demandera bien pourquoi!

Je réalise avec le temps les beaux cadeaux que tu m'as fait. Dans mes moments de doutes, lorsque ma foi en moi vacille, je m'appuie sur toi. Mon coeur reste convaincu que si un mec aussi intéressant que toi s'est intéressé à moi, je vaux donc beaucoup. Pour quelqu'un qui a connu une chute au niveau zéro de l'estime de soi à un moment donné, c'est précieux. Cette certitude m'empêche sûrement de faire plein de conneries, ou du moins de laisser le premier venu m'approcher. Comme le chante Céline "Moi je crois toi, toi je te crois" même quand moi je ne me crois pas, ne me crois plus. Y a-t-il plus beau cadeau que d'avoir redonné un tant soit peu, un peu d'amour de soi à quelqu'un? De plus, tu n'as même pas besoin d'être là pour que le cadeau soit. Même si mon reflet dans ton regard et la chaleur de ton sourire sauraient ranimer le chaleur au fond de mon coeur.

Merci.

Je voulais t'écrire un tout petit mot, mais voilà, mes doigts s'agitent sur le clavier en pensant à toi, sans s'arrêter, comme si d'en caresser les touches pour t'écrire des mots était un peu comme te caresser toi, ta peau.