2006.10.14
Anniversaires
Drôle de journée que celle d’aujourd’hui. D’abord, c’est mon anniversaire de naissance. À la blague, je dis que c’est ma dernière année avant ma date d’expiration. J’ai toujours entendu dire que les hommes gays « expirent » à 40 ans; passé cet anniversaire fatidique, ils ne sont plus viables sur le marché de la séduction. Paraîtrait que mes données sont fausses ou dépassées. Semblerait que maintenant, c’est passé les 25 chandelles qu’on est une vielle croûte. Aille! Autre anniversaire qui malheureusement se superpose au premier depuis maintenant huit ans : celui de mon diagnostic de séropositivité. Disons que pendant les premières années, l’annonce terrible occultait complètement le premier anniversaire. La mort prenait la place de la vie. Du moins métaphoriquement. J’aurais voulu faire dramatique pour un roman que j’aurais pas trouvé mieux pour illustrer ce combat interne. L’anniversaire de l’annonce d’une possibilité de mort prématurée le jour où habituellement, on célèbre mon entrée dans la vie. Heureusement, la vapeur s’est renversée avec le temps. Maintenant, je célèbre la danse de la vie avec la mort, n’est-ce pas le lot de chaque être vivant? La première étape vers la mort est la naissance, n’est-ce pas? Puisque tout le monde du vivant fait partie de cette danse entre le clair et l’obscur, quelle différence y a-t-il? Aucune, fondamentalement, sinon que j’en perçois l’intensité de façon accrue, que ma perception est maintenant peinte selon la technique du chiaroscuro.
Pas de grosse fête pour cet anniversaire. Je suis resté à la maison à recevoir les appels de la famille et des amis qui me souhaitaient à tour de rôle leurs vœux chaleureux. Je ne suis pas encore rendu à aller vers les gens mais, au moins, je fais preuve d’une ouverture là où j’étais refermé sur moi-même comme une huître auparavant. Ce soir, petit souper tranquille en tête-à-tête avec ma très bonne amie F. qui m’a fait mon plat favori. Ensuite nous sommes allé à la Place-des-Arts voir Kagemi – Par-delà les métaphores du mirroir, un spectacle de danse contemporaine de la compagnie japonaise Sankai Juku. Selon le programme,
Kage dans Kagemi est « l’ombre ».
À la fois jeu de lumière, du clair à l’obscur,
et reflet se découpant dans le miroir,
à la surface de l’eau,
mi est « voir ».
Kage-mi aurait donné kagemi « miroir ».
Ô combien à propos! Malheureusement, je n’ai pas été capable d’apprécier le spectacle à sa juste valeur. Je n’y vois que le travail. Pas la beauté poétique de ces images vaporeuses, pas la beauté de ces gestes si précis créant des formes organiques, pas la sagesse du yin et du yang qui se parlent, se questionnent, se répondent, se fusionnent, pas le calme de ce paysage humain très zen. La seule chose à laquelle j’arrive à penser c’est que c’est bien différent de ce qui se fait ici à tous les niveaux : le rythme, la gestuelle, les costumes, les maquillages, même la musique qui ne subit pas le même traitement. Bien sûr, il y a des ressemblances, par moments, avec ce que je connais; après tout, nous sommes à l’ère de la mondialisation! Mais le tout m’apparaît foncièrement étranger. Peut-être est-ce le rythme si lent de cette danse inspirée du butô qui est si étranger au rythme effréné que je connais au travail depuis un temps, qui fait que je ne comprends rien? Mon horloge interne n’arrive pas à ce mettre au diapason avec celui du spectacle auquel j’assiste. Puis il y a la dame d’à-côté qui empeste le parfum à rendre l’air irrespirable dans un rayon de quelques mètres. J’étouffe. Je manque d’air. Je manque de vie. Ma vie se résume à mon travail, à ma survie. Est-ce que je manque ma vie?
Je ne peux m’empêcher de passer en revue le chemin parcouru depuis les huit dernières années. J’ai l’impression d’une quasi-décennie en mode de survie. Un combat pour simplement rester vivant. Le monsieur est fatigué, il aimerait bien que la vie lui offre une petite pause. F. a écrit dans ma carte qu’elle m’a vu grandir comme une plante et même qu’elle me voit en train de me transformer en fleur. C’est vrai que la vie se manifeste parfois de façon surprenante. Une minuscule graine peut donner une fleur aussi majestueuse et démesurée qu’un tournesol. Qui sait ce qui sortira au bout de mon chemin vers l’extérieur de ma coquille? M’épanouirai-je un jour assez pour être capable de suivre la course du soleil?
23:30 Publié dans Le boulot, Le quotidien, Les relations | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
2006.09.03
Passage à vide
Des assiettes empilées sur le bout de la table. Des morceaux de pain doré y gisent, laissés là. Je me retrouve seul face à moi-même. Pourquoi est-ce que je me sens vide?
Fatigué physiquement, la nuit n’ayant apporté qu’un sommeil sans repos, interrompu à maintes reprises. Le lit défait, vestige et témoin de la nuit mouvementée, reflet du sentiment m’habitant. Seulement ma deuxième nuit avec lui. Nous ne sommes pas encore habitués à dormir ensemble. Peut-être ne le deviendrons-nous jamais?
Fatigué émotionnellement, la rencontre ne fut pas à la hauteur de mes attentes. Il m’avait parlé de faire une activité ensemble. Il n’est finalement venu que pour passer la nuit. Il est arrivé tard. Nous avons jasé un peu, regardé un bout de film et sommes allés au lit. Ce matin, petit-déjeuner et hop! Le voilà reparti en moins de deux.
Je reste avec une série de questions sans réponses. Nos rencontres ne sont qu'une suite de points dans le temps et bien que j'essaye de donner une direction à cette série de points, ils ne forment pas de droite dans l'espace, juste une série d'épisodes dans le temps.
Ça fait déjà quelques temps que nous nous sommes rencontré. Je voyais bien que ça ne menait nulle part et j’avais classé la chose comme sans lendemain. Mais il m’est revenu en cette fin d’été en me disant qu’il avait fait plusieurs prises de conscience; qu’il n’était plus au même endroit dans sa tête. Et moi, l’éternel curieux, le romantique fini, j’ai pas pu résister à la tentation d’aller voir si j’y étais. Le cœur plein d’espoirs, la tête remplie d’attentes. Mais voilà, quand on a des attentes, on a souvent les déceptions qui viennent avec.
Je suis un peu à l'envers depuis qu’il est parti. Oh, pas la grosse crise ni un drame. Mon cinéma n’était pas assez avancé pour ça. Juste un malaise, une impression d'avoir fait un peu fausse route. Me voilà donc garé sur le côté de la route, prenant un temps d’arrêt pour me demander : mais au fait, la réalité, elle est où? Entre ce que j'espère, ce que je sens et ce qui est? Les moments passés ensemble, je ne les regrette pas, ils furent tous souhaités et agréables. Je me questionne simplement sur la continuité. Où est-ce que je vais avec ce mec? Où est-ce que je veux aller? Où est-ce que je ne veux pas aller? Est-ce que ça me convient? Qu'est-ce que je donne, qu'est-ce que je prends? Où est-ce que je mets mes limites? Chose qui est toujours difficile à faire pour moi. Et lui? Où va-t-il avec moi? Où est-ce qu’il veut aller? Est-ce que ce que je veux et ce qu’il veut vont de pair?
Quand je lui fais part de mes questions, il fuit, pas moyen d’avoir de réponse, ou si peu. Elles sont vagues, nébuleuses et sans engagement surtout, ses réponses. Il a peur de me faire mal, de me décevoir, de me froisser, dit-il. Il nous voit comme des amis-amants qu’il fini par me lâcher. Il me dit qu’il appréhendait ce moment où je le questionnerais sur notre « relation ».
Parfois c'est difficile d'être lucide… mais souvent, c'est mieux ainsi. Je m'aperçois aussi que de mon côté, il y a des trucs avec lesquels je pensais pourvoir composer et qui, finalement, ne me conviennent pas du tout. Je crois que c'est surtout ça qui me fait de la peine. Je suis déçu de moi. Je réalise que s’il me proclamait son amour, je n’en serais que plus mal à l’aise. La relation n’est pas possible, ni de son côté, ni du mien. J’en reviens à ma première impression : ça ne mènera nulle part cette histoire! Finalement, ce qu’il me révèle me soulage. Savoir qu’il n’espérait pas s’engager me rassure. Je le décevrai moins en étant incapable de le prendre tel qu’il est avec ses limites et ses contradictions. Je vois bien que tant et aussi longtemps que je parviens à ne pas avoir d'attente à son égard, je vais bien et je prends chaque moment passé ensemble comme un cadeau mais que du moment que j'en veux davantage, le moindrement que j'arrête de simplement recevoir et que je commence à demander... ça dérape. Il ne peut pas donner. Pas maintenant, pas comme je le voudrais, probablement jamais. Il est musulman pratiquant et ça amène tout un lot de limites et de différences souvent insurmontables. De plus, il me dit qu’il sort à peine d'une rupture, qu’il n’est donc pas prêt à s'engager dans une nouvelle relation. Il ne serait ni objectif ni sincère. Il se sent vulnérable. Moi aussi je le suis mais moins qu’avant. Je commence à être assez solide sur mes deux pattes pour m’affirmer, pour affirmer que je veux une relation complète et sans retenue, qu’elle soit causée par la religion ou un cœur n’étant pas tout à fait libre ou les deux à la fois. Je recommence à être assez bien dans ma tête et dans mon cœur pour me dire à nouveau qu’une relation est possible, c’est au moins ça de pris!
Come Undone
Duran Duran
The Wedding Album – 1993
Mine, immaculate dream made breath and skin
I've been waiting for you
Signed, with a home tattoo,
Happy birthday to you was created for you
(Can't ever keep from falling apart at the seams
Can't I believe you're taking my heart to pieces)
Oh, it'll take a little time,
might take a little crime
to come undone now
(PRECHORUS)
We'll try to stay blind
to the hope and fear outside
Hey child, stay wilder than the wind
And blow me in to cry
(CHORUS)
Who do you need, who do you love
When you come undone
(repeat)
(Verse 2)
Words, playing me deja vu
Like a radio tune I swear I've heard before
Chill, is it something real
Or the magic I'm feeding off your fingers
(Can't ever keep from falling apart at the seams
Can I believe you're taking my heart to pieces)
Lost, in a snow filled sky, we'll make it alright
To come undone now
14:05 Publié dans La musique, Le coeur, Les relations | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
2006.08.22
Au risque de ...
Te dire que je m'ennuie de toi serait probablement redondant et probablement un peu trop cliché, un peu exagéré. Disons que ta présence me manque parfois. Je pense souvent à toi.
Au risque d'avoir l'air d'un zézopété*, je dirais que ton énergie me faisait le plus grand bien.
Au risque d'être vulgaire, je dirais que les vagues de souvenirs sensoriels qui me reviennent lorsque je pense à toi sont aussi bon que lorsqu'on digère un bon repas et qu'on trouve que ça goûte encore bon.
Au risque de te plaire, je dirais que j'espère qu'on se reverra dans pas trop long.
Au risque de me taire, je dirai que je ne me suis pas rassasié de tes bras autour de moi.
Au risque de t'"achaler", je te dirais que malgré la chaleur, j'aurais aimé passer une nuit avec toi.
Au risque de te décevoir, je te dirais que j'ai toujours su que notre rencontre n'était que quelques moments privilégiés, volés au temps qui passe et que je n'ai jamais espéré une continuité.
Au risque de te surprendre, je te dirais que je me sens riche d'une nouvelle amitié qui s'est révélée au tournant d'une rencontre étonnante.
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*zézopété : quelqu'un qui verse tellement dans l'ésotérisme qu'on en vient à douter de sa raison.
20:55 Publié dans Le coeur, Les relations | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

