2006.11.12

Dimanche soir

Dimanche soir. Le week-end est déjà presque fini. Il fait nuit déjà même s’il n’est pas si tard. Le moral m’a finalement lâché. Le week-end est passé trop vite, trop seul.

 

Un avion déchire le soir
Emporte quelque chose de moi
Un signal dans ta mémoire
Tourne la page, tourne la page.

 

Pas de nouvelle. Ni du mec avec qui je devais aller prendre un café cet après-midi, ni de celui que ma mémoire ne peut effacer.

 

Un avion déchire le soir
Me laisse derrière, nuit de l'absence
C'est comme un cri de désespoir
Comme le tonnerre dans le silence.

 

Par chance qu’il y a mon chat et mon « sac magique » pour réchauffer mon lit. Mon corps subit une petite tempête, à peine une turbulence. Ma gorge brûle, je suis un peu fiévreux, le médicament contre ma névralgie m’assomme sans pour autant faire cesser la douleur qui me traverse le visage. J’avais pas besoin d’un rhume en plus! Mon moral sombre dans la noirceur du jour pluvieux que quelques films loués n’arrivent pas à ensoleiller. J’aimerais tant entendre le tonnerre de sa voix. Je n’ose pas lui téléphoner. Il n’a que brièvement confirmé la réception de mon dernier message. Je crois qu’il préfère ne pas donner de suite.

 

Un avion déchire le soir
Et laisse des traces d'indifférence
C'est comme un cri de désespoir
Message d'amour à longue distance.

 

Son souvenir, pourtant sans espoir, me donnait du courage. Son silence, me confronte à ma solitude. Je ne peux plus me dire qu’à quelque part, pour quelqu’un, je suis spécial. Il me faut tourner la page, revenir à la réalité, arrêter de rêvasser. Amour à longue distance, il n’y a pas. Pour ce qui est du ici et du maintenant, Blondy n’a pas donner signe de vie non plus. Indifférence? Manque d’intérêt? Chance? Dans le fond, comme je ne suis pas vraiment dans mon assiette, c’est mieux ainsi, non? N’empêche que ça fait du bien, des fois, de rêver un peu.

 

Au moins, il y a les amis qui passent, comme des étoiles filantes, pour éclairer le ciel de leur présence. Je ne pourrai donc pas dire que le week-end est passé en vain et que je n’en ai rien fait. Même si c’est si peu.

 

Tourne la page
René & Nathalie Simard
Paroles et Musique: R.Musumarra, R.Zanelli, JM.Moreau   1987 ©Trema
http://www.bide-et-musique.com/song/1865.html
pour le texte complet.

 

2006.11.03

Running

 

 

Il est tard. Je devrais dormir. Je ne dors pas. Cette chanson, déjà troublante dans sa version originale (interprétée par Kate Bush), rendue avec tellement plus d’émotions dans cette reprise de Placebo, me hante. Me garde éveillé. Je l’ai entendu au hasard d’une émission de télévision. C’est mon côté compulsif. Il me fallait cette chanson. Me voilà qui achète la version originale et cette nouvelle version grâce à l’internet. Elle fait monter une vague cruelle d’émotions que je ne comprends pas. J’ai beau lire les paroles, rien ou presque. Le rythme répétitif, ce sentiment d’urgence, de douleur, de frayeur, de déchirement, tous ces éléments me touchent.

 

« I’d make a deal with God and I’d make him to swap our places. »

 

Je me suis déjà trouvé dans une situation où j’ai voulu marchander avec Dieu, lui demandé d’échanger ma place pour celle d’un autre. Plus précisément, je voulais donner ma vie pour que celle d’un autre soit épargnée. C’est la dernière fois que j’ai aimé. Cette relation m’a définitivement brisé le cœur. Il m’a abandonné et trahi. M’a-t-il aimé? Il a dit avoir été déchiré lui aussi par notre séparation. Nous ne réagissons pas tous de la même façon. Nous n’avons pas tous la même capacité de passer à autre chose et de laisser le passé derrière. Il a continué sa route. Je n’étais pas sur ce chemin-là. Nos routes se sont croisées, chevauchées, pendant seulement quelques temps, quelques battements de cœurs. Trop fort, les battements de cœurs. Trop d’émotions. Trop de non-dits. Trop de murs intérieurs. Trop de secrets. Trop de renoncements. Trop. Juste trop. Trop court, le temps ensemble. Trop loin, la distance nous séparant. Trop violents, les sentiments. Trop important, mon secret. Trop forte, son ambition.

 

« Unaware I’m tearing you asunder. Ooh, there is thunder in our hearts. Is there so much hate for the ones we love? Tell me, we both matter, don’t we?  ».

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Cette semaine, j’ai recommencé à souffrir de névralgie post-herpétique. Ma troisième crise en autant d’années. Ça fait très mal. Surtout le soir, lorsque je suis fatigué. Le contact de mon visage contre l’oreiller m’envoie des décharges électriques en plein visage. Je n’ai pas d’éruptions cutanées, juste la névralgie. En plein visage. Ça me traverse le côté droit du visage, formant un arc de ma narine au milieu de mon crâne dans les pires cas. La plupart du temps, ce n’est qu’une partie de cet arc qui se manifeste. Habituellement, ce sont les personnes de plus de 60 ans qui souffrent de cette affliction. Mais les personnes atteintes du VIH sont aussi une population à risque. Aucun traitement efficace connu ou si peu. Peut mener à la cécité ou une paralysie de la région atteinte dans les cas extrêmes. Rien de rassurant.

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Mon bel arabe m’a téléphoné dernièrement. Il veut me revoir ou du moins récupérer le vêtement laissé chez moi dans sa hâte de me quitter lors de sa dernière visite. Je suis déchiré entre mon désir de le revoir, ma conscience que ça risque de me chavirer pour rien, le cynisme que j’éprouve face à son incapacité de se positionner clairement face à moi et l’impression d’être utilisé, n’existant que lorsqu’il a le goût de me voir.

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Je m’inquiète de mon cœur meurtri trop souvent. Peut-être que c’est pour ça qu’il est en panne? À force de me le faire casser, j’ai peur qu’il ne fonctionne plus correctement. D’où mes mots de consolation à chaque fois que je m’aperçois qu’il bat encore aux détours d’une rencontre. « Ouf! Ok.. le tic-tac est encore là. ». Est-ce que ça se peut un cœur qui arrête?

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La réalité et le virtuel. Un sujet relationnel des plus intéressants. Je décroche de plus en plus de l’Internet comme moyen de rencontre. Haut-le-cœur. Je n’y crois plus à cette traversée du miroir où le reflet de l’autre, qui n’est finalement que beaucoup de nous-même, traverse le gouffre séparant le virtuel du réel. Cheminement dans la bonne direction. Parcours encore incomplet. Je décroche du virtuel en m’ancrant de plus en plus dans le réel. Mais je m’accroche encore les pieds dans le tapis du réel, y perd mon équilibre. Ma main cherche un appui mais ne rencontre que le vide. Du coup, la réalité me semble tout aussi intangible que l’illusion du virtuel. Quelques pas encore et peut-être y aura-t-il matérialisation?


Running up that hill
Kate Bush

If I only could, I’d be running up that hill.
If I only could, I’d be running up that hill.

It doesn’t hurt me.
Do you want to feel how it feels?
Do you want to know that it doesn’t hurt me?
Do you want to hear about the deal that I’m making?
You, it’s you and me.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
Be running up that building.
If I only could, oh...

You don’t want to hurt me,
But see how deep the bullet lies.
Unaware I’m tearing you asunder.
Ooh, there is thunder in our hearts.

Is there so much hate for the ones we love?
Tell me, we both matter, don’t we?
You, it’s you and me.
It’s you and me won’t be unhappy.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
Be running up that building,
Say, if I only could, oh...

You,
It’s you and me,
It’s you and me won’t be unhappy.

C’mon, baby, c’mon darling,
Let me steal this moment from you now.
C’mon, angel, c’mon, c’mon, darling,
Let’s exchange the experience, oh...

And if I only could,
I’d make a deal with God,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

And if I only could,
I’d make a deal with god,
And I’d get him to swap our places,
Be running up that road,
Be running up that hill,
With no problems.

If I only could
Be running up that hill
With no problems...

If I only could, I’d be running up that hill.
If I only could, I’d be running up that hill.

 

2006.03.26

La genèse - première partie

Suite à la demande de Pocca, je vous raconte les débuts de mon histoire de séropositif. Comment l’ai-je appris, comment ai-je réagis, etc. Voici donc un retour dans le temps pour que mon histoire aie enfin son début. Voici comment ma vie a changé d’orthographe et est devenue ma VIH, avec un H et non plus un E.

L’annonce.

Le médecin qui m'a annoncé ma séropositivité était très mal à l'aise et mal informé. Premièrement, j'étais le premier patient à qui il devait communiquer cette nouvelle. Habituellement, sa pratique était très orientée "jeune famille", alors il avait plus l'habitude des oreillons que du VIH. Je crois qu'il était aussi mal d'avoir à me le dire que moi de l'apprendre. Déjà pas fameux. Comme c'était loin de son champ d'expertise, il n'avait que très peu, voire aucune information à me refiler. Même pas une liste de ressources disponibles. Rien de bien rassurant.

Je suis sorti du cabinet anéanti. Pour avoir perdu deux collègues au SIDA après les avoir vu s'éteindre à petit feu, j'ai reçu la nouvelle comme une condamnation à mort à plus ou moins brève échéance. Je ne dis pas que c'est ce que le médecin m'a dit, mais bien comment moi j'ai reçu la nouvelle. Ce que je trouve de particulier dans mon cas c'est que les questions que les gens me posent quand je leur annonce mon statut. Les gens me demandent habituellement si je sais qui me l'a transmis, comment je l'ai attrapé, etc. Moi je me suis demandé pourquoi ça m'arrivait à moi. Pas dans le sens "plutôt qu'à un autre" mais dans le sens "pourquoi j'ai à vivre ça?". Tirer ce raisonnement un peu par les cheveux, je dirais que je me suis demandé ce que la Vie voulait que j'apprenne dans cette histoire-là? Pourquoi cette "expérience" était mise sur ma route. Disons que j'ai un peu l'âme d’un philosophe.

Qui me l'a transmis et comment je l'ai attrapé? Je m'en fous un peu. J'ignore qui ça peut être. Mon médecin traitant actuel m'a dit, après avoir reçu mes premiers résultats, que ça faisait déjà quelques années que j'étais infecté. Alors comment savoir? Pis de toutes façons, à quoi bon? Ça changerait quoi? Sur le comment, je me suis un peu plus interrogé. Parce qu'honnêtement, à ma connaissance, je n'avais jamais eu de comportement à risque. Mis à part la fellation sans condom qui a toujours été véhiculée comme étant à faible risque. Pour moi, de ce que je savais à l'époque, j'avais toujours pratiqué le sécurisexe. Avec le temps, j'en suis venu à quelques hypothèses mais rien qui ne puisse être confirmé. J'ai aussi appris que certaines pratiques n'étaient pas aussi sécuritaires que je le croyais à l'époque. L'information n'était pas vraiment disponible non plus. La santé publique mettait, et met encore aujourd'hui, l'accent sur la pénétration sans condom comme étant LA façon de transmettre/contracter le virus. C'est la pratique la plus à risque mais pas la seule. Pousser la chose à l'extrême, on pourrait dire que la seule méthode complètement sécuritaire est l'abstinence totale. Et encore! Que fait-on des gens qui ont été infectés par transfusions sanguines?! Mais je diverge.

Par pure coïncidence, la clinique de mon médecin de famille (celui qui m’a annoncé la nouvelle) ferma ses portes peu de temps après l’annonce. Me voilà qui me retrouve donc sans médecin avec un diagnostique terrible. Pendant les mois qui ont suivi l'annonce, j'ai attendu la mort en essayant de ne pas y penser. J'ai fait l'autruche. Je me suis lancé tête baissée dans mon travail pendant que je le pouvais encore.

Demander de l’aide.

Comme je ne suis pas de nature trop pessimiste, je me suis quand même mis à rencontrer une psychothérapeute/sexologue pour essayer de me sortir de cette « impasse ». À notre première rencontre, elle m'a demandé ce qu'elle pouvait faire pour moi. Je lui ai répondu que je venais d'apprendre que j'étais séropositif et que je ne prenais pas très bien la nouvelle. Je venais donc demander soutient et accompagnement là-dedans car c'était trop pour moi tout seul. Par chance, j'avais un job bien rémunéré et j'avais les moyens financiers de m'offrir cette aide onéreuse.

La psychothérapeute a travaillé fort pour me "sortir la tête du trou". Après un peu plus d'un an, elle est parvenue à me faire admettre que je n'étais pas mort (assez évident diront certains!) et que je n'étais même pas malade, au fait! Mais que si je voulais que ça perdure, je devrais consulter un spécialiste. J'ai été chanceux dans ma malchance parce qu'à l'époque, j'avais une copine (de qui j'étais assez proche pour qu'elle soit au courant de ma situation) qui travaillait dans un centre de recherches cliniques sur le VIH. Elle était donc au fait de qui était qui dans le milieu comme médecin traitant. Je lui ai donc demandé de me diriger vers quelqu'un d’à la fois compétent et avec qui je m'entendrais possiblement bien. Elle a même eu la gentillesse de m'accompagner à la clinique et de nous présenter. Pour moi c'était majeur car j'aurais probablement tourné des talons avant d'entrer dans le cabinet si j'y étais allé seul. C'est dur d'affronter une telle réalité de plein front! Son conseil fut des plus judicieux car j'ai encore le même médecin aujourd'hui avec qui j'ai développé une relation de confiance extraordinaire.

<à suivre....>

2005.02.23

Résultats

Finalement!

La clinique médicale m'a finalement rappelé pour me donner mes résultats. Dois-je vous tenir en haleine ou vous lâcher le morceau tout de suite? Comme vous avez pu le remarquer, j'ai le sens du drame. Désolé pour ceux qui n'aiment pas. Pour ceux qui aiment ça, avouez que ça met du piquant dans les histoires!

Assez badiné, passons aux choses sérieuses. Pour répondre à la question qui a débuté ce blog : Je ne nais ni ne meurs, je vis! Le résultats qui m'a mis dans un tel état de panique étaient une fausse alarme. Mes tests de janviers s'avèrent sous contrôle. C'était un "blip". Pas de raison de s'inquiéter. Non mais, on devient hypocondriaque avec cette maladie-là!

Je m'aperçois, avec cette aventure, que je suis quand même très choyé dans mon épreuve. Mon doc m'a déjà dit que mon histoire était une histoire à succès. Je l'ai cru du bout des oreilles, sans plus. Récemment, comme j'ai échangé avec d'autres dans ma situation, je me suis rendu compte qu'en bout de ligne, je l'avais eu facile en excluant mes débuts et ce dernier soubresaut. Quand même, un moteur qui tousse en démarrant et un premier cahot en pratiquement cinq ans, ça demeure une belle route!

Merci à tous pour vos bisous sucrés, vos épaules sur lesquelles j’ai pu m’appuyer, vos mots gentils, votre pensée sympathisante, vos mains tendues, votre patience, etc. et j'en passe. Je ne nais ni ne meurs mais je suis quand même venu au monde à ce blog qui aura rempli son rôle de groupe de soutien à merveille. Fin de l'épisode.

Une porte se ferme, une autre s'ouvre. Ce n'est donc pas la fin de l'histoire! Pourrais-je dire qu'aujourd'hui je renais? Presque, si ce n'était du fait que je ne suis pas mort. Disons que mon blog risque de prendre un virage sur une route un peu plus rigolote... Il y aura sûrement d'autres moments difficiles mais pourquoi ne pas aussi partager les bons moments? En bon natif de la balance, je crois au juste équilibre des choses. Je vous invite à célébrer la Vie avec moi. Qu’elle s’écrive avec un H ou un E, écrivons-là car elle vaut d’être racontée!

2005.02.08

Ça va mieux

Je veux juste dire que je vais mieux. Le moral est de retour au beau fixe. J'ai profité du week-end au maximum pour me refaire l'humeur et il semblerait bien que ça m'a réussi!

Qu'est-ce que j'ai fait? Pleins de trucs que je ne fais pas habituellement mais surtout : aucune obligation!
J'ai fait un shooting photo avec un mec rencontré sur le net qui m'inspire. Je viens tout juste d'avoir les photos. Elles ne sont pas toutes extra (je suis un peu rouillé) mais il y en a au moins quelques unes d'intéressantes. Je suis content car je m'apprivoise à la photo de mecs. J'ai plus l'habitude de photographier des femmes. Les mecs m"intimident trop habituellement, surtout lorsque je les trouve vraiment craquants!

Ensuite je suis sorti au Village gai, chose que je ne fait presque jamais. Je suis allé souper avec un copain et nous sommes ensuite aller prendre un verre. Très agréable tout ça! Dimanche, j'ai profité du beau temps en prennant une longue marche avec un autre copain. J'ai terminé le week-end en visionnant quelques épisodes de la 2e saison de la série américaine Queer As Folk. Vraiment très bon!

Mon mal de gorge est parti et je prévois me remettre au gym demain. Le boulot a repris de son intensité habituelle, ce qui me ravit. J'aime l'effervescence qui précède une première. C'est complètement fou mais c'est agréable. Bref, je vais beaucoup mieux et je tenais à vous le partager.

2005.02.03

Le temps qui passe

Il me semble ne pas avoir écrit depuis longtemps. Après le vertige des débuts, la peur de l'écran blanc. Pourtant je croyais avoir tant à dire et à raconter. Pourtant, rien de vraiment nouveau ne se passe à la surface de ma vie, seulement plusieurs courants souterrains: le gym, la grippe, l'attente, la solitude, le travail, les déceptions, l'insécurité, mon chat. N'empêche que tous ces courants m'entraînent loin de mon lit ce soir.

La semaine dernière, je suis retourné au gym. Énième retour. Moi qui aimait tant m'entraîner, j'ai développé une phobie du gym. À chaque fois que j'ai essayé d'y retourné je me suis senti mal. Pas grand chose, un petit rhume, une petite fièvre, des trucs dans ce genre là. Mais systématiquement. J'en ai parlé à répétition à mon médecin qui me dit que c'est entre mes deux oreilles. J'en ai parlé au pharmacien qui me dit qu'il se pourrait qu'il s'agisse d'effets secondaires d'un de mes médicaments qu'il ne peut changer. Je rapporte la conversation au doc. Imagination encore. Je dois en avoir trop de cette imagination. Toujours est-il que je me ré-essaye pour le gym. J'y suis allé deux fois déjà en une semaine. Je prends ça très mollo, comme un p'tit vieux ou comme quelqu'un en réhabilitation après un accident. Pas très drôle. J'avais prévu y aller ce soir mais un petit tiraillement dans la gorge m'en a dissuadé. Autour de moi, au boulot, la grippe sévit durement. Comme mon virus n'est pas très tranquille, j'ai la frousse. Et du coup, je me sens pris en otage par ma maladie qui, tout au moins, me rend froussard, tout au plus, m'empoisonne la vie. Est-ce le gym? Est-ce la grippe? Est-ce la grippe à cause du gym? Est-ce mon imagination? Je deviens dingue ou quoi?

J'ai beau dire que ma terreur est passée, je reste avec la peur des prochains résultats. Que seront-ils? Qu'est-ce que ça impliquera? Je sais pas, j'essaye de ne pas trop y penser. Alors je m'étourdi dans le quotidien. Je reste centré sur les petits trucs de tous les jours. La cuisine, la vaisselle, les comptes à payer, l'ordre à garder. Mais c'est très réducteur que de se mettre de telles ornières. On finit par se trouver petit et sans grande importance. En plus, au boulot, c'est tranquille ces jours-ci alors c'est pas très motivant non plus. Et cette petitesse me ramène à moi-même, à mes rêves passés et "ma gloire d'autrefois", lorsque j'avais de l'énergie, de la santé, de l'ambition et une position!

Voilà deux semaines à peine, j'avais le vent dans les voiles. Je préparais mes vacances de cet été : un voyage à Vancouver, question de voir l'autre bout de mon grand pays. Une partie de ce vent était une fausse augmentation de salaire. Il s'agissait en fait d'une erreur du logiciel comptable. L'erreur fut rétablie et l'argent rendant le voyage possible s'envola avec elle. Pas de voyage pour moi! Je me demande si je pourrai, un jour, reprendre ma vie là où elle m'a laissé le jour de mon diagnostic?

D'abord j'apprends que ma santé physique me déserte. Ensuite c'est le copain qui prend la fuite. Puis c'est le boulot qui menace de disparaître avec des mises à pieds massives. Ça continue avec la santé mentale qui s'effrite avec une dépression, parce que là, j'en ai assez de manger des claques en pleine face. Finalement, je perds mon super boulot. Je réussi quand même à me retrousser les manches et à me sortir de ma dépression. Après une longue traversée du désert, je me retrouve un boulot intéressant mais, disons-le, beaucoup moins payant. Du coup, je me dois de revoir mon train de vie. J'ai l'impression d'avoir eu à renoncer à tant de choses. L'une d'entres elles, et non la moindre, étant la vie amoureuse. Avec la dépression, on oublie les relations. Après la dépression, j'ai mis l'accent sur me refaire une vie, au moins professionnelle. Dernièrement, je croyais m'avoir assez remis sur pied pour être à nouveau disponible à une relation. Puis le cirque repart avec de mauvais résultats de tests. J'ai l'impression d'avoir fait un très long voyage mais de n’avoir avancé que d’un minime pas. En regardant les choses de cette façon, je comprends mieux ma panique de la semaine passée et le découragement de cette semaine.

En conclusion, je ne retrouverai jamais ma vie d’avant. Les années ont passées et le temps a laissé sa trace : un affreux ravin qui défigure mon paysage intérieur. J’ai perdu confiance en moi et en la vie. La vigueur et la santé ne reviendront probablement pas. Je vis maintenant dans une insécurité constante. Je n’aime pas l’homme fragile et vulnérable que je suis devenu, pourtant je préfère la douceur à l’arrogance. Comment séduire sans assurance? Comment être séduit sans rêves? Par chance que j’ai George, mon gros chat qui m’aime tel que je suis.

2005.01.27

Je nais... ou je meurs?

Aujourd'hui j'ai appris une mauvaise nouvelle.
Ma charge virale redevient détectable après cinq ans d'absence.
Cette nouvelle me terrorise. Puisque je ne peux la porter seul je vous la partage. Ainsi naît ce blog.

Après avoir appris que j'étais séropositif, j'ai trouvé sur l'internet le journal d'un jeune lui aussi séropositif. Je l'ai lu avidement. Ça m'a aidé à ne pas me sentir seul au monde dans ma condition. Puisque la lecture d'un autre dans le même état m'a aidé, aujourd'hui c'est par l'écriture que je désire m'aider et peut-être, aider quelqu'un d'autre éventuellement.

Ma charge virale est redevue détectable après cinq ans d'absence. En soi, c'est pas une catastrophe. Le médecin se fait rassurant.

- C'est peut-être juste un "peak" qui sera aussitôt disparu avec les tests d'aujourd'hui.

Ça, je le saurai dans trois semaines avec les résultats. J'en suis encore à ma première combinaison de médicaments, alors j'ai tout plein d'options devant moi. Yé! Sauf que lorsque j'ai commencé ma médication, ce fut très difficile. J'ai été très malade. J'ai dû arrêter de travailler. J'ai peur de ce qui m'attend au détour du chemin. Ma peur est si grande que je ne peux la porter seul sur mes épaules. Bien sûr, j'ai ma soeur à qui je peux tout dire et quelques amis aussi. Mais ma soeur, elle en a déjà beaucoup sur les bras et moi j'ai besoin de dire et de redire ma peur, alors ma poignée d'amis que je n'ose déranger, et même ma soeur, c'est pas assez. Si elle ne me nouait pas la gorge, je la crierais, ma peur. Alors je lance ce blog pour le dire et le redire, pour le crier avec mes doigts que j'ai peur. Je lance ma peur dans l'univers cybernétique pour me libérer d'elle. Pour la partager. Pour aider quelqu'un d'autre, peut-être? Pour obtenir le soutien de cet univers, aussi cybernétique soit-il.

Alors merci de m'accueillir. Je me présente à vous que je ne connais pas, dans mon état présentement très vulnérable. Je vous raconterai les changements de mes états d'âme au fil de mes notes que je laisserai ici comme des caillous. Pour un jour, peut-être, me retrouver; tel un Petit Poucet des temps modernes. Peut-être d'autres trouveront-ils ma trace et la suivront jusqu'à moi, je sais pas...

Alors ce soir, dans ma peur, oh combien tragique (car il faut bien en rire, non?), de savoir si je meurs, je nais à vous. Comme quoi rien n'est jamais tout blanc ni tout noir.